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Gagner la terre ferme

par Marianne de Brunhoff

Ce qui reste quand nous n’y sommes plus : une île et la mer, le palais des glaces, l’ombre, l’eau. La plage où les enfants n’ont pas le droit d’aller. Pas d’arbre. La couleur des plantes, sans les plantes. La montagne les a dévorées, elle n’est pas accueillante, elle nous nargue. Voilà le but que vous n’atteindrez pas.

Les oiseaux sont partis, le paysage figé. Menaçant, avec quelques bateaux vers lesquels nager, si on a la force. Ce sont des sauveteurs qui passent sans un geste pour vous aider.

A moins qu’on ait disparu dans la faille, si on était distrait. Trompé par les reflets rouges ou jaunes, on gardait espoir et on marchait, les yeux fixés droit sur la montagne. Et voilà.

Plus de lumière, la nuit règne. On attend tout au fond que les secours arrivent, ils ne sont pas pressés. Ils guettent un jour propice qui ne viendra jamais.

Mais si la terre tremble, on sortira du trou, porté par ses secousses. Et on se remettra à marcher pour gagner la rive et les bateaux.

S’ils ont attendu.